Une double page sur lui dans l'Est Eclair du jour !
Mathys Detourbet, un prodige du football « made in » Troyes
Le jeune attaquant de 17 ans a fait ses premières apparitions chez les pros ces dernières semaines. Mathys Detourbet, qui habite toujours chez ses parents à Saint-Germain, a commencé le foot aux Municipaux avant de faire toutes ses classes à l’Estac. Avec, toujours, ce talent balle au pied… et un caractère bien trempé.
Ses proches n’ont pas été surpris. Le 20 janvier dernier, Mathys Detourbet fait ses premiers pas en Ligue 2. Le public du Stade de l’Aube, qui avait aperçu sa frêle silhouette quelques jours plus tôt contre Rennes en Coupe de France (il était entré dans les arrêts de jeu), découvre réellement ce Troyen de 17 ans plein de culot.
En vingt minutes, l’attaquant ose, dribble, va de l’avant, le tout avec aplomb, insouciance et une rare élégance balle au pied. Rien de bien étonnant pour ceux qui assistent aux matches des jeunes équipes de l’Estac, où Mathys Detourbet est licencié depuis les U9.
« Ce culot, c’est un peu sa marque de fabrique, confie le papa, Anthony Detourbet. Il est insouciant, il a toujours été comme ça. Lui, son kif, c’est juste de jouer au foot. »
Un « kif » assouvi dès son plus jeune âge. « J’ai joué aux Municipaux, jusqu’en DH en seniors, explique Anthony Detourbet. Quand Mathys avait deux ans, il venait à chaque match avec son ballon. Puis, on a tapé la balle ensemble dans le jardin. Je me suis vite rendu compte qu’il avait quelque chose : ses contrôles, ses prises de balle… Cette technique, il l’a ensuite peaufinée sur le city… »
Après l’école, Mathys – dont la maman a joué à un bon niveau en handball – fonce sur le city stade de Saint-Germain, commune où il vit toujours avec ses parents. Sur ce terrain réduit, le gamin joue avec les plus grands. Sans appréhension.
Naturellement, ses parents l’inscrivent dans un club de foot dès que possible. Ce sera aux Municipaux, comme le papa. Chez les frères Blanchot, amis de la famille Detourbet.
Une technique peaufinée sur les terrains de Saint-Germain
« Avec Anthony, on a presque une relation père-fils, affirme Patrice Blanchot. On l’a eu tout petit, jusqu’en seniors. Alors Mathys, on le suivait d’un œil un peu différent. » Et, rapidement, il a fait briller la rétine de l’éducateur : « Souvent, quand les gens regardent des matches des petits, ils remarquent ceux qui ont une grande taille. Nous, quand on fait des tests, on regarde la coordination, la motricité… Et chez Mathys, on a vite remarqué qu’il était en avance là-dessus, sur les appuis… Après, de là à dire qu’il allait devenir pro, c’était difficile. Ce que l’on sentait aussi, c’est qu’il ne vivait que pour le foot ! Il était toujours présent, à l’écoute, attentif. Il était aussi attiré par le côté offensif, il avait le but en tête, il aimait dribbler. »
Des qualités rapidement détectées par l’Estac, que Mathys Detourbet rejoint en U9. « Généralement, quand on a un bon joueur, il part à l’Estac plus tard, note Blanchot. Mais on n’a pas été surpris. » « Il a toujours été surclassé, même à l’Estac », reprend le père, Anthony.
Au sein du club phare aubois, Mathys n’est alors pas le seul Detourbet. Sa sœur Elya, 20 ans aujourd’hui, a joué à l’Estac jusqu’en U18. « Elle a démarré gardienne de but aux Municipaux, précise le papa. Elle a joué dans la même équipe que Mathys car pour une fille, on avait le droit d’avoir un joueur ayant deux ans de plus. Mais lors d’une séance de frappes à la maison, j’y suis allé un peu fort et elle s’est cassé le pouce ! Elle n’a plus jamais voulu aller au but ! Elle a joué sur le terrain, en défense et c’est là qu’elle est allée à l’Estac, jusqu’à 16 ans. Là, il y a eu le Covid ; elle n’avait plus trop de séances et elle a perdu le goût du foot. »
Mathys, lui, n’a jamais perdu cette passion dévorante. « On regarde tous les matchs : la Ligue des Champions, le championnat… », raconte Anthony. Ce dernier, pendant le Covid, organise des séances sur le terrain de Saint-Germain, gentiment prêté par l’Amicale. « On avait le droit de sortir pour le sport, on cochait la petite case sur l’attestation de sortie. Je lui disais que s’il était bon sur ce terrain à Saint-Germain, il serait bon sur tous les terrains. »
« Mathys est capable d’envenimer un match, mais aussi de le faire gagner à lui tout seul ! »
Benjamin Bureau , ancien formateur de l’Estac
L’un des tournants du parcours du jeune Troyen se situe lors de sa saison en U16. Benjamin Bureau, ancien formateur à l’Estac, et qui était alors en charge de cette catégorie, se souvient : « On avait eu des discussions avec Stéphane (François, alors en charge des U17 nationaux). On se disait que Mathys avait besoin de temps, car il avait du retard dans les duels, dans l’intensité du jeu, pour jouer en U17 nationaux. Il s’est préparé tranquillement, sa morphologie s’est développée et il a intégré les U17 nationaux en janvier. »
Benjamin Bureau garde aussi en mémoire le caractère bien trempé du jeune Detourbet. « Je lui disais que j’avais autant envie de lui faire des bisous que de lui mettre des claques ! (il rigole). Car il peut être chiant, arrogant. Mais cela peut aussi être une qualité, s’il arrive à le maîtriser. Je me souviens d’un match à Epernay : le gardien sort, il tente le coup du foulard. Il le manque et tout le monde lui tombe dessus. Mathys est capable d’envenimer un match, mais aussi de le faire gagner à lui tout seul ! Personnellement, je préfère les joueurs avec du caractère. C’est aussi grâce à ça qu’il en est là. Des joueurs de qualité, il y en a beaucoup ; lui, il a en plus cette insouciance, cette arrogance. »
Ce tempérament, Mathys le tient indéniablement de son papa, « une tête brûlée », comme se souvient affectueusement un ancien coéquipier. « Oui, son caractère lui a parfois joué des tours », confirme Patrice Blanchot. « J’ai failli intégrer le centre de formation de l’AJA mais j’ai été retoqué à cause de mes notes, narre l’intéressé. Guy Roux faisait attention à ça et a dit à mon père : “Des Cantona, je n’en veux plus !” »
« Il marche à l’affect »
Assagi, le papa Detourbet a retenu la leçon pour son fils, l’incitant à poursuivre ses études (il est actuellement en BTS au lycée Édouard-Herriot). « Mon frère fait très attention à cela, remarque Émilie, sœur d’Anthony et donc tata de Mathys. D’ailleurs, quand Mathys était petit, il était toujours avec son ballon, c’était le foot avant tout. Mais on se disait qu’il fallait faire attention, qu’il y avait aussi l’école. »
« On a déjà eu quelques rendez-vous à l’école pour le recadrer, confie Anthony. Son caractère, je lui dis qu’il en aura besoin, mais qu’il doit s’en servir à bon escient. Il était un peu foufou mais il a pris en maturité récemment, notamment en côtoyant des plus grands. »
Avec la réserve, et désormais avec les pros, Mathys est en effet le « petit » de la bande. « C’est vrai qu’il a pris en maturité récemment, constate sa tante Émilie. Je le considère comme un adulte maintenant, on peut parler de tout avec lui. Il a obtenu son permis de conduire et est venu nous voir, seul avec sa voiture, à côté de Dijon. Il est autonome, mature et il ne parle pas que de foot. »
« C’est un super gamin, reprend Benjamin Bureau. Il marche à l’affect. Ça passe avec certains, pas avec d’autres. Bien sûr que parfois, il peut agacer ses entraîneurs ou ses coéquipiers. Mais il comprend les choses si on lui explique. Et quand vous lui donnez votre confiance, il vous la rend d’autant plus. »
Comment est gérée son éclosion
Forcément, le téléphone commence à beaucoup sonner. Contacté directement par des agents – dont certains très célèbres –, Mathys Detourbet, dont les intérêts sont gérés par des agents d’origine troyenne « qui travaillent sainement et qui ne font pas n’importe quoi » selon une source, doit rester concentré sur le terrain, là où s’il s’exprime le mieux.
« Il est très serein, ne se met pas de pression particulière, lance le papa Anthony Detourbet. Ses débuts chez les professionnels, ce n’est que du plaisir à les suivre. On est tranquille, il n’a que 17 ans. » « Ce qui est bien, c’est que maintenant, on peut regarder ses matches à la télé, sourit sa tante Émilie, qui vit près de Dijon. Avant, on regardait des vidéos. »
Selon elle, les proches de Mathys font tout pour l’accompagner correctement dans un milieu pas toujours simple à apprivoiser sans se griser pour un gamin de 17 ans. « On en parle souvent, il est conscient de cela. Concernant l’argent par exemple, mon grand frère (Anthony) l’a toujours alerté. Il sait que ça peut s’arrêter du jour au lendemain, ce n’est pas un flambeur. »
Du côté de l’Estac, avec qui Mathys Detourbet s’est engagé pour signer un contrat professionnel, on veille à le préserver, à le développer, tout en lui rappelant les exigences du haut niveau, notamment le travail défensif, qui reste l’une de ses faiblesses, même s’il travaille dessus.
Pris en charge, comme les autres joueurs du groupe pro, par le staff de l’Estac concernant l’extrasportif, Mathys vit toujours chez ses parents, à Saint-Germain, avec son petit frère Layvin (8 ans), qui joue en U9 dans le club local. « On fait attention à ce qu’il mange à la maison, dit Anthony. On a pris conseil auprès d’Alexandre Plotton (diététicien nutritionniste de l’Estac), qui est aussi un ami. »
« Forcément, dans la famille, on parle beaucoup de foot et de Mathys, dit Émilie. Mais on le traite comme tous ses cousins. Mon fils, qui a trois ans de moins, est admiratif de Mathys. Pour lui, c’est un modèle, car il n’a jamais rien lâché. »
Prof, ami d’enfance : ce qu’ils pensent de Mathys
Lisa, sa prof d’écogestion, l’année dernière en Première STMG du lycée privé Estac : « En début d’année, il participait beaucoup. En cours d’année, j’ai senti que les objectifs avaient changé pour Mathys, il était plus orienté foot que cours ! Il était intéressé mais on voyait bien qu’il était là parce qu’il fallait qu’il soit là. Sinon, comme beaucoup d’autres, c’est un garçon très émotif. S’il a envie, il fait les choses entièrement, avec le cœur. Et s’il n’a pas envie, il ne fait pas ! S’il pense noir, il ne va pas dire blanc. Il est très loyal, franc, il ne trompe pas les gens. Il est droit dans tout ce qu’il fait et a toujours été respectueux avec moi. C’est ce qu’on appelle un gamin “attachiant”. Il faut aller au-delà des apparences car derrière, il y a un jeune homme très affectueux. »
Paolo (18 ans), son ami d’enfance : « Je connais Mathys depuis que j’ai 6 ans. On jouait ensemble aux Municipaux. Il est ensuite parti à l’Estac, que j’ai aussi rejointe plus tard ; on y a joué deux saisons ensemble. Aujourd’hui, c’est comme un frère. Il a toujours été sérieux dans le foot, n’a jamais fait un écart qui aurait eu des répercussions sur le foot. Autrement, il est très proche de sa famille. On sort un peu, on prend l’air mais il est vraiment concentré sur le foot. Un caractère bien trempé ? Oui, je valide ! Plus petit, il était un peu boudeur mais il a vraiment gagné en maturité. Je savais qu’il allait percer dans le foot car il a toujours été dans les clous. Sa famille, et nous ses amis, on fait tout pour qu’il avance bien. »
Son papa : « Antoine Sibierski a repris le dossier en main »
Aujourd’hui, que l’Estac mise sur Mathys Detourbet, cela semble une évidence. Mais tout ne fut pas si simple. « À un certain moment, on aurait pu partir », admet Anthony, le papa. Car en fin de saison dernière, hormis David Saintives, personne ne défendait l’idée que le jeune attaquant soit intégré au groupe de la réserve. Puis, le directeur sportif Antoine Sibierski est arrivé au club « et a repris le dossier en main », assure Anthony Detourbet. Après l’avoir observé plusieurs semaines, « il a poussé pour que Mathys monte des U19 à la N3, puis de la N3 au groupe pro. » En effet, depuis janvier, le joueur de 17 ans s’entraîne avec le groupe de Stéphane Dumont, sur demande du « DS » troyen. Qui a également obtenu l’accord du joueur pour signer un contrat professionnel avec l’Estac.